Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 15:43

13 juillet 2007 par Jacky Provence

 

Troyes est considérée par les spécialistes en la matière comme une des « villes saintes du vitrail », au même titre que Chartres, Bourges ou Rouen. Certes, elle n’a pas le monopole ni peut être considérée comme « capitale », mais le vitrail est l’une de ses richesses patrimoniales les plus exceptionnelles, comme de l’ensemble du département de l’Aube. La Champagne, avec environ 1600 verrières antérieures à la Révolution, fait figure de la région la mieux dotée en vitraux anciens, juste devant la Haute-Normandie (environ 1400 verrières). L’Aube, où sur les 1160 verrières anciennes, 1042 datent de la fin du XVe siècle et de la première moitié du XVIe siècle, est le département le mieux pourvu. C’est sans compter le grand nombre de vitraux du XIXe siècle, souvent ignorés, et même ceux du XXe siècle. Au total, l’Aube posséderait plus de 9000 m2 de verrières s’échelonnant du XIIe siècle au XXIe siècle. Le compte aurait été encore plus important, sans les destructions et disparitions qui se firent au cours des siècles.

 

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Plus de huit siècle de tradition et d’évolution

 

La production troyenne n’a, selon les spécialistes, rien à envier aux grands ensembles de vitraux, d’une renommée plus grande tels que ceux de Chartres. Les plus anciens panneaux connus à ce jour à Troyes, datant du XIIe siècle, proviennent de l’ancienne collégiale Saint-Étienne, église palatiale des comtes de Champagne. Il n’en reste que quelques panneaux conservés au Musée de Cluny, à Paris et à la Médiathèque de l’Agglomération Troyenne. Ces vitraux sont nés d’un milieu savant et dynamique sur le plan artistique, d’une grande qualité de réalisation, avec un emploi remarquable des couleurs intenses : bleu, rouge, lie-de-vin, vert et jaune cuivré. Ils sont sans doute réalisés à l’époque du comte Henri le Libéral.

Les plus anciens vitraux encore en place datent du XIIIe siècle, placés au chœur de la cathédrale et dans la basilique Saint-Urbain. Les vitraux de la cathédrale sont aussi remarquables à plus d’un titre ; ils sont des témoignages historiques : verrière de la hiérarchie civile et ecclésiastique à cette époque, et surtout un rare témoignage de la IVe croisade qui se vit détournée vers Constantinople, racontant la translation à Troyes de reliques issues du pillage de la capitale chrétienne d’Orient par les croisés. Cette verrière serait sans équivalent. Au fur et à mesure de la lente édification de la cathédrale, chaque siècle laissera ses vitraux, témoins d’une riche évolution. Saint-Urbain s’illustre par la représentation monumentale des prophètes.

C’est surtout à la fin du XVe siècle et au cours de la première moitié du XVIe siècle que la production de vitraux est la plus importante, se diffusant à travers toute la Champagne méridionale, ornant les fenêtres des plus petites églises rurales reconstruites ou réparées. Nous pouvons compter pas moins de 109 reconstructions totales d’églises, 250 reconstructions partielles ; parmi celles-ci 175 églises conservent aujourd’hui des vitraux des XVe-XVIe siècles. C’est sans compter les vitraux disparus, tels à Saint-Parres-les-Vaudes, brisés par les « Cosaques » en 1814.

La tradition verrière perdure au XVIIe siècle, avec l’atelier de Linard Gonthier, dans le premier tiers du XVIIe, Jacques Clément pour la seconde moitié, à une époque où dans bien des régions le vitrail est abandonné. Avec le XVIIIe siècle, la tradition semble se perdre. L’art du vitrail renaît au XIXe siècle, à partir des années 1850, avec des maîtres verriers tels que Vincent-Larcher ou Martin-Hermanowska. Le XXe et même ce tout début du XXIe siècle, avec les vitraux du parking de la Libération, entretiennent cette tradition de plus de huit siècles.


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Une mise en valeur par les scientifiques

 

Depuis une quinzaine d’années, le vitrail est l’objet d’importantes études et mises en valeur. Je n’ai sélectionné ici que les opérations ou les ouvrages les plus marquants. La liste, impressionnante par sa qualité, n’est pas exhaustive et ne rend pas compte des très nombreux articles qui ont pu paraître sur le vitrail ancien de Troyes et de la Champagne méridionale. Ces toutes dernières années, la recherche et l’étude universitaire s’est particulièrement intensifiée grâce, en particulier, à l’intérêt qu’a porté le Centre André Chastel de l’Université Paris IV - Sorbonne sur le vitrail champenois et le CNRS.


- Mémoire de verre : vitraux champenois de la Renaissance. Réd. Henri Zerner, Françoise Perrot, Nicole Blondel, et al. ; photogr. Jacques Philippot. [Châlons-en-Champagne] : Association pour la valorisation des atouts culturels de la Champagne-Ardenne, 1990. 112 p. (Cahiers de l’inventaire ; 22). Henri Zerner est professeur à l’Université de Harvard et l’un des plus grands spécialistes mondiaux de l’Art de la Renaissance.
- Les vitraux de Champagne-Ardenne : Corpus vitrearum. France, recensement des vitraux anciens de la France ; 4. Dir. scientifique du Comité français du Corpus vitrearum et du Laboratoire de recherche sur le patrimoine français... Paris : CNRS éd. : l’Inventaire, 1994.456 p.-XXXII p. Cet inventaire agit comme un véritable révélateur : il permet de quantifier et de qualifier, grâce à des notices sur chaque verrière, l’exceptionnelle importance du vitrail ancien dans le département de l’Aube.
- Jean-Claude Czmara et Virginie Tillier, L’Aube de l’Apocalypse. Les maîtres de la Lumière, éditions Fatès, 2000
- Du 17 au 19 mai 2001, le 4e forum international sur la conservation et la technologie du vitrail historique se tient à Troyes, réunissant près de 500 historiens, architectes, maîtres-verriers et scientifiques. Au cours de ces journées, le classement du vitrail de Troyes et de la champagne méridionale au titre de patrimoine mondial de l’Unesco semble s’imposer comme une évidence.
- Claudine Lautier - « Les vitraux de la basilique Saint-Urbain de Troyes », Bulletin de l’ICOMOS – France, n° 48-49, 2001, p. 54-59.
- Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560) Corpus Vitrearum - France, Série Études VI, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne (PUPS), 2005, 473 p., 81 fig., XXVIII pl. Edition de sa thèse réalisée au Centre André Chastel, Université Paris IV-Sorbonne.
- Vitrail, peinture de lumière, Textes de Martine Callias Bey, Véronique David et Michel Hérold. Photographies de Jacques Philippot, Lyon, Éditions Lieux-Dits, 2006, 183 p.
- Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (XIIIe siècle) Elizabeth C. Pastan et Sylvie Balcon, coordination scientifique de Claudine Lautier Paris, Comité des Travaux Scientifiques et Historiques, Corpus Vitrearum – France, volume II, 2006, 540 p.


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Un patrimoine fragile

 

De par sa nature, le vitrail est fragile et les siècles qui passent n’ont cessé de voir leur dégradation que ce soit par des événements naturels, ou par des événements humains. L’histoire des vitraux d’une église, c’est aussi l’histoire de leur déplacement, de leur dégradation, de leur réparation et restauration, de leur disparition.

Dès leur origine, ils peuvent être frappés par la nature, ainsi en 1228, un ouragan souffle des vitraux des parties hautes du chœur de la cathédrale, vitraux qui avaient été posés quelques années auparavant. Aux XVe, XVIIe et XVIIIe siècles, ce sont les chanoines eux-mêmes qui font enlever des vitraux colorés pour les remplacer par des vitraux blancs, afin d’avoir plus de lumière. Ailleurs, c’est presque l’ensemble des verrières de l’église de Bar-sur-Seine qui sont soufflées par un violent orage en 1735. Une grande partie de celles-ci ont été replacée et réparée, mais pour un certain nombre, les verrières ont fait place à de la vitrerie blanche.

Les vitraux peuvent même être l’objet de dégradations volontaires. La Révolution Française est aussi passée par là et certains vitraux de la cathédrale ont subi des dégradations. Le 11 août 1901, c’est un engin explosif déposé par une main anonyme dans l’église Saint-Nizier qui fait voler en éclat des verrières. Les deux auteurs présumés seraient des terroristes anarchistes, un certain Villanueva et un autre nommé Lambin. L’année suivante, ce sont des jets de pierres qui brisent un certain nombre de verrières. Dix ans plus tard, le 18 mai 1910, un orage souffle plusieurs vitraux.

En septembre 39, des échafaudages sont installés pour déposer les vitraux de la cathédrale et autres églises de Troyes. Les villages n’ont pas pris cette même précaution. Ainsi, l’église de Saint-Parres-les-Vaudes voit les vitraux des fenêtres Nord pulvérisées par l’explosion d’un train qui passait à proximité. Ces quelques cas nous éclairent et nous laissent entrevoir les pertes qu’a subit le patrimoine verrier de l’Aube


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Aujourd’hui, c’est un grand nombre de vitraux qui sont menacés


- La pollution est une des premières causes. Ainsi les vitraux du chœur de la cathédrale du XIIIe siècle sont très corrodés. Selon Alain Vinum, une couche de silicates les obscurcie. Le programme de restauration, entrepris au début des années 1980, a pris beaucoup de retard ; seulement quatre des douze verrières concernées par ce programme ont été restaurées.
- Les pigeons provoquent également des dégâts : fientes qui encroûtent les verrières, chocs des volatiles en vol contre les fragiles panneaux de verre, les vitraux de Bar-sur-Seine montrent quelques exemples assez flagrants.
- Le ruissellement du à un mauvais écoulement des eaux pluviales au niveau des chaîneaux peuvent provoquer la formation d’algue verte recouvrant les verrières.
- Ailleurs, c’est l’état d’abandon de l’église qui met directement en danger des vitraux anciens.

 

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Que faire ?

 

La première mesure de protection est évidemment celle d’entretenir et restaurer le bâtiment. Puis il y a divers niveaux de protections. A Bar-sur-Seine, il semblerait que l’on ait opté pour une des solutions les moins onéreuses pour protéger les vitraux des fientes de pigeons : tendre des filets. Sinon, la protection qui semble la meilleure, mais aussi la plus coûteuse est celle d’un « survitrage », c’est à dire placer un vitrage transparent devant le vitrail et dont les morceaux de verre auraient le même découpage que ceux du vitrail, tel qu’il a été fait à Riceys-Bas pour deux vitraux.


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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 15:09

29 juin 2007 par Jacky Provence

 

Le moulin de Bar-sur-Seine est l’un des monuments incontournables de la petite ville. Que l’on vienne de Troyes, de Dijon ou de Vendeuvre, le moulin s’impose à notre vue, et quelle vue ! A Bar-sur-Seine, c’est un lieu commun que de le qualifier de « verrue » de la ville ; c’est dire que certains préféreraient le voir disparaître, tel une tumeur bénigne de l’épiderme défigurant le plus charmant des visages. Propriété privée, le problème de sa restauration est d’autant plus complexe qu’elle nécessiterait des sommes colossales que ne peut supporter le propriétaire actuel sans l’amortissement d’un tel investissement.

 

La présence de moulins à cet emplacement est attestée dès le XIe siècle. L’actuel moulin et l’usine hydroélectrique présentent l’intérêt d’être les témoins de deux Révolutions industrielles qui bouleversèrent la vie quotidienne d’alors.



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Le moulin

 

Le moulin date des années 1860. C’est l’un des derniers témoins de ces grands moulins de pan de bois que l’on pouvait trouver le long de la Seine et aujourd’hui disparus, la disparition la plus récente étant sans doute celle du moulin de Verrières. Il est l’expression de cette Révolution Industrielle venue, au cours du XIXe siècle et en particulier sous le IIe Empire, moderniser le monde agricole. C’est une époque où le monde rural entrait dans une période de prospérité, celle qui laissera la nostalgie d’un « bon vieux temps », celle des costumes « folkloriques » dans lesquels on affichait son aisance. Ce moulin manifeste la concentration de la meunerie en de grandes unités de production, faisant disparaître peu à peu de très nombreux petits moulins devenus non rentables. Parallèlement, la qualité de la farine devait progresser. Le grain subissait de nombreuses opérations de triage et de nettoyage, avant d’être broyé, opérations que ne pouvaient se permettre les petits moulins. Une corde remontait les sacs de grains au dernier étage. Puis, de trémie en trémie, les grains subissaient diverses opérations au fur et à mesure des étages qu’ils descendaient : tamis pour éliminer paille et mottes ; cylindres d’épierrage ; trieurs à graines longues (avoine, orge, seigle) ; trieurs à graines rondes (vesce, nielle, gesse) ; épointeuse ; brosses ; tarare…


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L’un des précédents propriétaires avait commencé une rénovation du bâtiment et pendant longtemps un grand échafaudage se hissait le long de la façade. En refaisant la toiture, il avait fait disparaître la rangée de lucarnes du côté du pont. Les travaux ont alors été stoppés et depuis, plus rien n’a été entrepris. Il y a bien quelques projets qui ont vu le jour et dorment encore dans quelques cartons, comme celui de transformer cette partie du moulin en hôtel. Mais les investissements sont très lourds et les risques de ne pas rentabiliser importants.


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L’usine hydroélectrique

 

La seconde partie de l’ensemble des bâtiments est une centrale hydroélectrique. Les travaux débutèrent en 1923. La production d’électricité commença en novembre 1929. C’est sans doute le premier bâtiment du sud du département à utiliser une structure en béton armé (charpente, piliers, terrasse). Le bâtiment abritait quatre turbines. Elles alimentaient deux alternateurs de 220 et 125 kilowatts-heure. La centrale était couplée avec une autre édifiée à Fouchères, qu’elle commandait à distance. Elles alimentaient en électricité 14 communes de la vallée de la Seine entre Bar-sur-Seine et Bréviandes.


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Le constructeur était un mauricien, Assan Dina. Il était né à Pamplemousses dans l’île Maurice, le 12 avril 1871. Son grand père, maharaja de Lahore (actuel Pakistan), épousa la comtesse de Germonville. Son père Nourdine, ingénieur du gouvernement des Indes, épousa une française Charlotte Bosselet. Assan Dina devint comme son père ingénieur. Dés ses études terminées, il voyagea : Algérie, Afrique du Sud, Ouganda où il étudie le lac Victoria Nianza, Madagascar et surtout la Chine et l’Himalaya. Il savait le chinois couramment. Il étudia des projets de routes et de lignes ferroviaires, en particulier en Mandchourie. C’était un scientifique qui, grâce aux profits qu’il comptait tirer des usines hydroélectriques installées en Savoie et dans l’Aube, devait édifier l’Observatoire de Haute-Provence, destiné à faire rattraper à la France son retard dans le domaine de l’astrophysique.

Le propriétaire actuel a mis de toutes nouvelles turbines et a relancé la production d’électricité. Reste que le bâtiment mériterait une rénovation. La structure en béton armé s’est beaucoup dégradée à certains endroits, en particulier au niveau de la corniche.

Des deux témoins de ces Révolutions industrielles, le plus ancien et le plus fragilisé, du fait de son matériau exposé aux intempéries, est très menacé. Mais son sauvetage nécessiterait de gros moyens financiers que le propriétaire ne pourrait seul engager. Sans un sauvetage qui assurerait au moulin une activité rentable, le moulin serait voué à subir le même sort que bon nombre de ses semblables.

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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 11:50

17 avril 2007 par Jacky Provence

 

Il y a quelque temps, j’avais promis cet article à un commentateur ainsi qu’aux membres de l’association « Les amis d’Étienne » qui cherchent à sensibiliser l’opinion sur l’état d’un élément de notre patrimoine départemental, l’église Saint-Étienne de Bar-sur-Seine. Réputée pour être l’une des plus grandes églises de l’Aube en-dehors de l’agglomération troyenne, l’église vient de fêter ses 500 ans. Elle abrite une importante statuaire, des peintures et une riche variété de vitraux. Certaines de ces oeuvres sont dégradées, d’autres menacées.

 

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Bref historique


En 1475, les Troyens, partisans de roi, prenaient Bar-sur-Seine, aux mains des Bourguignons. Ce fut pour eux l’occasion de pillages et de destructions, auxquelles l’église n’échappa pas. Les Barséquanais durent sans doute réparer les ruines de leur église pour les besoins du culte. En ce début du XVIe siècle, le retour à la prospérité leur permis d’envisager la reconstruction d’un nouvel édifice. La tradition attribue la pose de la première pierre de la nouvelle église, en 1505, à Jacques de Dinteville, gouverneur et comte usufruitier de Bar. Mais rien ne nous permet de dire si les travaux ont réellement commencé avant 1527. En effet, ce n’est que le 27 mai de cette année que le prieur de la Sainte-Trinité, à qui appartiennent les terrains sur lesquels l’église devait se reconstruire, consent à donner seize pieds dans ses jardins et bâtiments, placés au sud de l’église, pour élargir l’église paroissiale. Aussi faut-il sans doute imaginer que le gros des travaux commencèrent à cette date et se poursuivirent essentiellement au cours du reste du XVIe siècle, ralentis, mais non interrompus, par les guerres de religion. La reconstruction de l’église, dut commencer par le bas-côté nord, puis se réaliser en enveloppant un lieu de culte préservé de l’ancien édifice, supprimé dans les années 1540 ou 1550, lorsque le chœur fut terminé. L’église serait ensuite achevée par les parties hautes de la nef, en cette fin de XVIe siècle, peut-être avant 1582. C’est ce que peut nous suggérer la présence des initiales entrelacées « LDB » de Louis de Bourbon, comte usufruitier de Bar entre 1561 et 1582, aux balustrades du triforium de la nef. Le portail, réalisé en 1616, est contemporain de quelques années du clocher. En ce début du XVIIe siècle une grande flèche domine la ville.

 

L’état de l’église

 

Les désordres de l’église de Bar-sur-Seine ne sont pas nouveaux. Lors de la Révolution française, on s’inquiète beaucoup de la flèche qui menace de s’effondrer. Un arrêté du 16 messidor an XII autorise sa démolition et sa substitution par un petit dôme, réalisé le plus économiquement possible. Finalement, la fabrique n’ayant pas les moyens de construire ce dôme, rien ne viendra remplacer la flèche.

Il y a maintenant plusieurs décennies, les voûtes hautes de l’église du chœur et du transept menaçaient de s’effondrer. Une armature faite de poutrelles d’acier et de tirants métalliques a été posée pour éviter que ces voûtes ne s’écartent davantage, tandis qu’un filet est tendu au-dessous afin de prévenir tout drame en cas de chute de pierres.


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Plus récemment, l’état de l’église s’est aggravé et les infiltrations devenaient de plus en plus importantes. Les raisons avancées sont multiples :


- La hausse du trafic routier sur la toute proche route nationale, édifiée sur l’ancien canal de la Haute Seine, provoquant de néfastes vibrations.
- L’édification sur un sol poreux.
- Le mauvais écoulement des eaux de pluie du fait de la complexité de la toiture.
- Les canaux d’écoulement des eaux et les gargouilles bouchés par les fientes de pigeons.
- Le travail de l’érosion : gel et dégel, pluie.


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Le violent orage du 26 juin 2006 fut le phénomène aggravant. L’eau s’était infiltrée sous toute une partie du dallage, provoquant un bouleversement de celui-ci, tandis que les autres parties de l’église continuaient à souffrir.

Aujourd’hui, le dallage vient d’être refait à neuf. Un étaiement des voûtes du déambulatoire est prévu, celles-ci présentant des fissures importantes. Cet étaiement restera-t-il en place pour combien de temps ? Les seuls crédits d’urgence pour la sécurisation de ces voûtes devraient s’élever à près 100.000 euros, répartis entre l’État, la Région, le Département et la Commune. Combien coûteraient des travaux pour la remise en état de l’église ?

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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 10:32

9 février 2007 par Jacky Provence

 

Depuis les temps les plus reculés, depuis qu’il s’est fixé en un habitat sédentaire, depuis la période néolithique, l’Homme de nos régions a construit avec les matériaux prélevés dans son environnement : poteaux et poutres de bois, terre et végétaux. Mettre en application des solutions préconisées par les spécialistes et scientifiques de la « décroissance », théories jugées par un certain nombre d’extrémistes et dangereuses, serait-ce revenir à cet « Age de Pierre », de la « Pierre Polie » dans ce cas ? Sans remonter à ces temps « primitifs », il est des exemples qui, en alliant matériaux traditionnels et mise en œuvre actuelle, pourraient répondre à cette exigence de développer la « construction durable » : la maison à colombages.


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La maison champenoise traditionnelle : le colombage

 

Jean-Louis Valentin, maître charpentier bien connu de la région fut très critiqué par la « création » de la maison « Maxime » place du marché au pain : colombage à double encorbellement, décor de poutres... Sur ce dernier point, les réserves émises peuvent être justifiées par rapport à la tradition Troyenne, bien que ce décor puisse identifier une « création » d’un « pastiche », et de ce fait puisse éviter toute confusion entre la « restauration » d’un pan de bois original et la création d’une façade neuve, ou alors, il faudrait trouver une véritable solution pour éradiquer toute confusion possible. Les critiques émises concernant le double encorbellement s’estompent au regard de quelques arguments contradictoires démontrant que dans ce même quartier, la construction de ce type de maison avait survécu à l’incendie de 1524. Seule une recherche approfondie permettrait de comprendre les modalités de la disparition de cette structure au profit de la maison à simple encorbellement, voire sans encorbellement, dans la mesure où les sources le permettraient.

Reste que le colombage fait partie, tant en ville qu’à la campagne, de notre univers quotidien, offrant un charme incomparable, par rapport au pavillon de parpaing qui envahit notre environnement, et que l’on isole de la rue derrière de denses haies. Le colombage, technique de construction presque exclusive pour les maisons médiévales de nos régions, s’est perpétué jusqu’au XXe siècle, construction encore très courante au XIXe, une tradition charpentière qui s’est transmise grâce, en particulier, aux compagnons et maîtres charpentiers.

 

Le pan de bois : retour sur des idées reçues

 

Auteur de ce pêché de faute de goût que certains ont pu lui reconnaître, la maison de la place du marché au pain, et de fait fort pardonnable, notre bon maître charpentier a livré un petit ouvrage qui pourrait réhabiliter la construction en pan de bois : Le colombage, mode d’emploi. Ce petit livre très pratique est à destination des propriétaires de ces maisons à colombages qui s’interrogent sur l’entretient et la rénovation de celles-ci. Mais Jean-Louis Valentin va bien au-delà des quelques secrets de son métier pour une restauration du pan de bois. De façon très simple, nous pouvons rapidement comprendre ce qui fait l’originalité du colombage champenois au regard des colombages d’autres régions françaises. Vocabulaire du pan de bois, principe de construction et d’assemblage, diagnostique et restauration, ce petit ouvrage se révèle fort utile pour le néophyte. A partir des qualités du matériau, il nous invite à reconsidérer bien des idées reçues sur le bois :


- La résistance thermique naturelle du pan de bois traditionnel avec ourdis et torchis est bien supérieure aux autres matériaux de construction, et pour une plus faible épaisseur de murs.
- Sa résistance mécanique aux déformations et sa faculté à absorber les variations de températures lui permettent de résister au temps et de braver les siècles. Notre très cher centre ville de Troyes, comme de Bar-sur-Seine, n’en est que la démonstration la plus évidente.
- Sa résistance au feu est bien supérieure à ce que l’on pourrait le croire. Le bois massif brûle lentement : « 1 cm par heure pour une intensité constante du feu à 900°. » C’est un matériau difficile à faire flamber. Les grands incendies de la ville de Troyes étaient davantage le résultat d’une transmission des flammes par la toiture en chaume et les matériaux très inflammables entreposés dans les cours et arrières-cour : paille, foin, bois de chauffage et fagots. Il suffit pour s’en rendre compte de voir des incendies récents : des restes des maisons subsistent les poutres du pan de bois, calcinées sur quelques centimètres d’épaisseur, mais au cœur resté intact.
- la résistance à l’humidité, aux attaques des champignons et des insectes est bien supérieure encore à ce qu’on a l’habitude de croire, si le bois est correctement mis en œuvre. « La pluie qui fouette une façade n’est donc en aucun cas un danger pour la maison à pan de bois ». Le danger vient d’une voie d’eau qui amènerait l’humidité à s’infiltrer et à s’installer durablement, favorisant le développement des champignons, eux-même ouvrant la porte aux ravages destructeurs des insectes xylophages.

 

Le Chanvre et la « construction durable »

 

Ainsi ce petit ouvrage revient sur bien des idées reçues. Il s’achève sur la mise en œuvre d’une isolation pour les exigences du confort moderne. A la laine de verre ou laine de roche, pratique actuelle la plus courante, pourrait se substituer un matériau naturel local : le chanvre. Le chanvre offre une alternative des plus intéressantes (Libération Champagne/L’Est Eclair du mardi 6 février 2007) :

 
- Après bien des années de recherches, le complexe mortier et béton de chanvre vient d’être validé par les métiers du bâtiment. Il peut être utilisé dans quatre applications : toitures, murs, enduits et dalles de sol.
- « Le comportement mécanique (...) et les performances d’isolation phonique et thermique offerts par le granulat de chènevotte apportent un avantage sur les matériaux conventionnel (brique cuite d’argile, parpaing, béton cellulaire). »
- Il est compatible avec le protocole de Kyoto. Le ciment est le plus néfaste : une tonne de ciment fabriqué, c’est une tonne de CO2 émis. « Là où le béton de chanvre stocke 0,35 kg de CO2, tous ses concurrents relâchent de 0,44 à 0,62 kg de CO2. »

 

Reste à savoir si de telles constructions, alliant colombage et chanvre, seraient compétitives au niveau du prix, élément fondamental qui retient trop souvent des personnes prêtes à se lancer dans l’aventure, mais dont le budget souvent trop juste ne permet pas de passer de l’intention à la réalisation. Pour les neuf maisons de Mesnil-Saint-Père, qui seront réalisées en ossature de bois et béton de chanvre, on évoque un coût au m2 de l’ordre de 1 450 €. Qu’entend-on en avançant cette somme : est-ce le coup total et final de la maison ou seulement de la mise en œuvre de ces matériaux ? Quel est le coût du m2 d’une maison en parpaing et isolation de laine de verre ou de roche ? Au coût immédiat de la réalisation, comment estimer le coût à long terme d’une solution alternative et durable ?

 

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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 09:28

13 novembre 2006 par Jacky Provence

 

Une polémique serait-elle relancée autour de la maison place du Marché à Pain ? C’est ce que laisserait entendre un petit article dans la presse de ce vendredi 10 novembre ; et la présidente de la « Sauvegarde du vieux Troyes » de s’inquiéter et de s’interroger sur la pertinence d’un tel bâtiment ?

 

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 Définitions Tout d’abord quelques définitions nous paraissent ici indispensables en réponse à ce petit article dans lequel le journaliste mêle nombre de synonymes. Mais dans la langue française, si les synonymes ont un sens général proche, chacun a sa nuance particulière qui a ici toute son importance.

 

- Restauration : rétablir un bâtiment existant dans un état primitif, remettre dans l’état original. On l’utilise aujourd’hui beaucoup en informatique ; la restauration d’un système signifie que l’on revient aux paramètres d’origine du système d’exploitation et des logiciels ou à une date déterminée. Il en va de même pour l’architecture : remise en état d’un bâtiment comme il était à l’origine, ou à une date particulière, en utilisant les matériaux originaux.
- Restitution : reconstruire un bâtiment ou un élément d’architecture qui a disparu et le rétablir dans l’état original ou supposé comme tel. La reconstitution peut avoir une valeur de reconstitution archéologique.
- Rénovation : remettre à neuf un bâtiment ancien, l’améliorer. On reprend un bâtiment ancien et l’on l’aménage avec des matériaux neufs et récents, sans obligatoirement remettre des matériaux qui étaient utilisés à l’origine et en lui apportant le confort moderne.
- Reconstruction : après démolition du bâtiment, on en rebâtit un autre qui peut être tout à fait différent.
- Pastiche : imitation en reprenant le style.


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 La politique de rénovation

 

Si un des termes s’applique bien à cette maison, c’est bien celui de « rénovation » d’un bâtiment ancien mais utilisant des matériaux neufs pour les façades. Il ne s’agit ni d’une restauration à proprement parler, ni d’un pastiche, contrairement à d’autres immeubles de ce secteur, et à commencer par l’office de tourisme sur le parvis de l’église Saint-Jean ou encore la très colorée façade du Monoprix.


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Cette maison place du marché à pain est conforme à la loi « d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine » du 1er août 2003, visant à « transformer en profondeur des quartiers tant par des interventions spatiales que par la diversification de l’habitat. Ces opérations permettent des interventions de démolition, reconstruction, réhabilitation, résidentialisation ou de changement d’usage ; les aménagements nécessaires et la restructuration du viaire ; la réorganisation des espaces liés aux activités économique et commerciale. Ainsi dans ce cadre législatif, il n’y rien de scandaleux. Cette maison répond bien à cette législation générale.

Cependant elle doit aussi répondre à certaines normes : celles imposées par la proximité de monuments historiques et celles du secteur sauvegardé. En ce qui concerne ce dernier point, le plan du secteur sauvegardé de la ville de Troyes fut mis au point en 1964 par Michel Marot, architecte urbaniste, en liaison avec l’architecte des bâtiments de France afin de rechercher les structures anciennes. L’étude de 1964 fut plusieurs fois remaniée en fonction des circonstances imposées par la politique de la ville. Les intentions des versions successives étaient avant tout de réhabiliter des immeubles jugés insalubres, avec une mise en conformité selon les normes imposées tout en respectant son caractère historique et esthétique. L’Architecte des Bâtiments de France assure la surveillance des travaux. Rien ne peut se faire sans son accord. Ici, tous les avis ont du être favorables pour une telle rénovation.

 

Le choix de la décoration extérieure

 

Alors, en quoi cette maison est choquante ? Et pourquoi émeut-elle certaines personnes ? Le pan de bois est mis en valeur par une décoration très colorée et des matériaux peu habituels dans la ville de Troyes sur un édifice. Ici nous pouvons parler d’une véritable « création ». Mais peut-on remettre en cause l’emploi de ces matériaux et au nom de quels principes ? Concernant les matériaux utilisés, quels sont les critères acceptables ? Veut-on redonner un aspect « historique » et "authentiques" à ces immeubles ? Cela nécessiterait au préalable de définir et déterminer cet aspect historique et savoir à quelle époque on devra se référer, car un bâtiment n’est pas figé dans l’histoire mais évolue. Pour donner une définition « historique » du bâtiment il faut alors faire appel à l’archéologie monumentale et à l’étude des sources. Dans les deux cas, l’un et l’autre ne sauraient affirmer qu’à l’origine les façades de ces maisons étaient colorées. A ma connaissance, il n’y en aurait aucunes preuves irréfutables à Troyes, tout au moins dans les archives. Bien des historiens et chercheurs se sont penchés sur cet aspect. Les descriptions de maisons sont plutôt rares à cette époque et aucun texte ne vient exposer de façon précise l’aspect de ses maisons et en particulier leur décoration et couleur. Parmi les pièces d’archives dont nous disposons, nous pouvons citer les visites de maisons appartenant aux communautés ecclésiastiques, visites destinées le plus souvent à faire un état de ce qu’il faut réparer. Ces descriptions sont, par conséquent, fragmentaires, se limitant aux travaux à effectuer. Quoiqu’il en soit, la mention de la brique est plutôt rare, voire inexistante, dans ces archives, pour les bâtiments en pan de bois à cette époque (XVIe siècle) ; dans les sources consultées, les cloisons tant intérieures qu’extérieures sont réalisées exclusivement de torchis. Si le matériau n’est spécifiquement pas mentionné, il se devine parfaitement par les interventions des « torcheurs », nombreux à l’époque à Troyes. Aussi, ceux qui ont remplacé le torchis par de la brique entre la structure charpentée, sont, au nom de la restitution historique, dans l’erreur. Faudrait-il, au nom de "l’authenticité" supprimer ces briques ?


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Il est fort probable que les façades, ossatures de bois et torchis, soient tout simplement recouvertes d’un lait de chaux, sans pouvoir affirmer que ce lait de chaux puisse être coloré d’un quelconque pigment. Le lait de chaux était également utilisé en application sur les charpentes. Les quelques dessins et représentation de l’époque sont de la fin du XVIe siècle. Peu nombreux, ils laissent toutefois deviner l’aspect extérieur des maisons : le pan de bois est apparent ou peut être recouvert, comme le torchis, d’un enduit à la chaux. Parmi les travaux et les corps de métier devant intervenir, il n’est jamais question de peinture ou de peintres. Les sources parlent aussi « d’aissil », sans doute des tuiles de bois en écaille que l’on peut appeler aussi « essentes ». Mais « l’aissil » est surtout mentionnées pour la toiture d’appentis. La toiture des maisons est généralement faite de tuile ou de chaume. Ces rares dessins montrent également que le « pignon à la troyenne » qui semble s’imposer aujourd’hui dans les reconstitutions des maisons, n’était pas systématique.

Faut-il en conclure qu’aujourd’hui il faudrait exclure la brique et tout autre parement non « historique » et privilégier dans le doute et au nom d’un « principe de précaution », utilisée en d’autres domaines, le pan de bois apparent ou enduit, décoré d’un seul lait de chaux, l’essentes ou plus rarement l’écaille d’ardoise ? Sans qu’on en trouve de preuves à Troyes, mais attesté à Saint-André-les-Vergers, les façades des églises étaient peintes de couleurs vives, tout comme l’intérieur des édifices, dont les traces peuvent être encore visibles. Aussi, le prétexte de refuser la colorisation de cette maison du fait de la proximité de Saint-Jean pourrait être bien futile. L’image actuelle de Saint-Jean est différente de ce qu’elle était à l’époque. Tout le long de l’église, de petites maisons s’appuyaient contre ses murs Sud et Nord. Quant à Saint-Urbain, dont on magnifie la perfection gothique, l’aspect extérieur est plus qu’un pastiche. Jusqu’à ce que certains architectes « historicistes » de la fibre de Viollet le Duc et de Lassus ne viennent s’occuper de son cas, l’église n’était guères visible de la rue, noyée dans les maisons. Il n’y avait pas de parvis ni de façade. Les maisons bordaient les rues de chaque côté de la basilique, ne laissant qu’un espace pour les portails au Nord et au Sud. Aussi, façade et portails actuels ne sont que créations néo-gothiques.

 

Quelle authenticité ?

 

Reconsidérer le bien-fondé de cette maison place du marché au pain serait reconsidérer la politique de rénovation de tout le secteur sauvegardé. Aussi, faut-il se poser la question de ce qui est vrai de ce qui est pastiche et qu’est-ce qui reste de réellement authentique ? Si l’on peignait d’une même couleur chaque pièce de bois réellement originale, chaque façade n’ayant pas eu de transformation, nous aurions très certainement des surprises. Par conséquent, faut-il figer la ville dans une représentation que l’on se fait aujourd’hui telle qu’elle pouvait être au lendemain du grand incendie de 1524 ? Et même à cette époque, la ville n’était pas uniforme, on pouvait lire dans son urbanisme et dans la construction de ses façades les évolutions successives et des choix différents quant à l’utilisation des matériaux. Par ailleurs, on pouvait trouver encore en 1585 des places où il y avait les restes de maisons brûlées soixante ans auparavant, en 1524, telle la maison voisine de celle qu’avait occupé Dominique Florentin, dans le quartier de Saint-Panthaléon.

A considérer de plus près les arguments, la décoration de ce pan de bois original de la maison du Marché à Pain pourrait paraître moins scandaleuse que la création au nom de l’esthétisme de façades pastiches qui font oublier les façades précédentes, pourtant témoins de l’évolution de la ville. L’urbanisme et l’architecture sont des valeurs relatives. Elles changent dans le temps et dans l’espace. Et si en 1769 la municipalité avait adhéré au projet de Coluel de réaligner toutes les rues de la ville, pour l’embellissement de celle-ci, il ne resterait guères de façades à pan de bois du XVIe siècle aujourd’hui... Et Voltaire de regretter que Paris n’ait pas eu de grand incendie comme à Londres, afin de faire disparaître toute cette vieille ville de pan de bois et d’en reconstruire une plus belle et moderne... Haussmann s’en chargera en partie un siècle plus tard. Alors que devons-nous sauvegarder et laisser en héritage ?

Par patrimoine-en-danger.over-blog.com - Publié dans : Maisons - Communauté : Patrimoine en danger
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