Construction durable : un nouvel avenir pour le pan de Bois ?

Publié le par Patrimoine en danger

9 février 2007 par Jacky Provence

 

Depuis les temps les plus reculés, depuis qu’il s’est fixé en un habitat sédentaire, depuis la période néolithique, l’Homme de nos régions a construit avec les matériaux prélevés dans son environnement : poteaux et poutres de bois, terre et végétaux. Mettre en application des solutions préconisées par les spécialistes et scientifiques de la « décroissance », théories jugées par un certain nombre d’extrémistes et dangereuses, serait-ce revenir à cet « Age de Pierre », de la « Pierre Polie » dans ce cas ? Sans remonter à ces temps « primitifs », il est des exemples qui, en alliant matériaux traditionnels et mise en œuvre actuelle, pourraient répondre à cette exigence de développer la « construction durable » : la maison à colombages.


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La maison champenoise traditionnelle : le colombage

 

Jean-Louis Valentin, maître charpentier bien connu de la région fut très critiqué par la « création » de la maison « Maxime » place du marché au pain : colombage à double encorbellement, décor de poutres... Sur ce dernier point, les réserves émises peuvent être justifiées par rapport à la tradition Troyenne, bien que ce décor puisse identifier une « création » d’un « pastiche », et de ce fait puisse éviter toute confusion entre la « restauration » d’un pan de bois original et la création d’une façade neuve, ou alors, il faudrait trouver une véritable solution pour éradiquer toute confusion possible. Les critiques émises concernant le double encorbellement s’estompent au regard de quelques arguments contradictoires démontrant que dans ce même quartier, la construction de ce type de maison avait survécu à l’incendie de 1524. Seule une recherche approfondie permettrait de comprendre les modalités de la disparition de cette structure au profit de la maison à simple encorbellement, voire sans encorbellement, dans la mesure où les sources le permettraient.

Reste que le colombage fait partie, tant en ville qu’à la campagne, de notre univers quotidien, offrant un charme incomparable, par rapport au pavillon de parpaing qui envahit notre environnement, et que l’on isole de la rue derrière de denses haies. Le colombage, technique de construction presque exclusive pour les maisons médiévales de nos régions, s’est perpétué jusqu’au XXe siècle, construction encore très courante au XIXe, une tradition charpentière qui s’est transmise grâce, en particulier, aux compagnons et maîtres charpentiers.

 

Le pan de bois : retour sur des idées reçues

 

Auteur de ce pêché de faute de goût que certains ont pu lui reconnaître, la maison de la place du marché au pain, et de fait fort pardonnable, notre bon maître charpentier a livré un petit ouvrage qui pourrait réhabiliter la construction en pan de bois : Le colombage, mode d’emploi. Ce petit livre très pratique est à destination des propriétaires de ces maisons à colombages qui s’interrogent sur l’entretient et la rénovation de celles-ci. Mais Jean-Louis Valentin va bien au-delà des quelques secrets de son métier pour une restauration du pan de bois. De façon très simple, nous pouvons rapidement comprendre ce qui fait l’originalité du colombage champenois au regard des colombages d’autres régions françaises. Vocabulaire du pan de bois, principe de construction et d’assemblage, diagnostique et restauration, ce petit ouvrage se révèle fort utile pour le néophyte. A partir des qualités du matériau, il nous invite à reconsidérer bien des idées reçues sur le bois :


- La résistance thermique naturelle du pan de bois traditionnel avec ourdis et torchis est bien supérieure aux autres matériaux de construction, et pour une plus faible épaisseur de murs.
- Sa résistance mécanique aux déformations et sa faculté à absorber les variations de températures lui permettent de résister au temps et de braver les siècles. Notre très cher centre ville de Troyes, comme de Bar-sur-Seine, n’en est que la démonstration la plus évidente.
- Sa résistance au feu est bien supérieure à ce que l’on pourrait le croire. Le bois massif brûle lentement : « 1 cm par heure pour une intensité constante du feu à 900°. » C’est un matériau difficile à faire flamber. Les grands incendies de la ville de Troyes étaient davantage le résultat d’une transmission des flammes par la toiture en chaume et les matériaux très inflammables entreposés dans les cours et arrières-cour : paille, foin, bois de chauffage et fagots. Il suffit pour s’en rendre compte de voir des incendies récents : des restes des maisons subsistent les poutres du pan de bois, calcinées sur quelques centimètres d’épaisseur, mais au cœur resté intact.
- la résistance à l’humidité, aux attaques des champignons et des insectes est bien supérieure encore à ce qu’on a l’habitude de croire, si le bois est correctement mis en œuvre. « La pluie qui fouette une façade n’est donc en aucun cas un danger pour la maison à pan de bois ». Le danger vient d’une voie d’eau qui amènerait l’humidité à s’infiltrer et à s’installer durablement, favorisant le développement des champignons, eux-même ouvrant la porte aux ravages destructeurs des insectes xylophages.

 

Le Chanvre et la « construction durable »

 

Ainsi ce petit ouvrage revient sur bien des idées reçues. Il s’achève sur la mise en œuvre d’une isolation pour les exigences du confort moderne. A la laine de verre ou laine de roche, pratique actuelle la plus courante, pourrait se substituer un matériau naturel local : le chanvre. Le chanvre offre une alternative des plus intéressantes (Libération Champagne/L’Est Eclair du mardi 6 février 2007) :

 
- Après bien des années de recherches, le complexe mortier et béton de chanvre vient d’être validé par les métiers du bâtiment. Il peut être utilisé dans quatre applications : toitures, murs, enduits et dalles de sol.
- « Le comportement mécanique (...) et les performances d’isolation phonique et thermique offerts par le granulat de chènevotte apportent un avantage sur les matériaux conventionnel (brique cuite d’argile, parpaing, béton cellulaire). »
- Il est compatible avec le protocole de Kyoto. Le ciment est le plus néfaste : une tonne de ciment fabriqué, c’est une tonne de CO2 émis. « Là où le béton de chanvre stocke 0,35 kg de CO2, tous ses concurrents relâchent de 0,44 à 0,62 kg de CO2. »

 

Reste à savoir si de telles constructions, alliant colombage et chanvre, seraient compétitives au niveau du prix, élément fondamental qui retient trop souvent des personnes prêtes à se lancer dans l’aventure, mais dont le budget souvent trop juste ne permet pas de passer de l’intention à la réalisation. Pour les neuf maisons de Mesnil-Saint-Père, qui seront réalisées en ossature de bois et béton de chanvre, on évoque un coût au m2 de l’ordre de 1 450 €. Qu’entend-on en avançant cette somme : est-ce le coup total et final de la maison ou seulement de la mise en œuvre de ces matériaux ? Quel est le coût du m2 d’une maison en parpaing et isolation de laine de verre ou de roche ? Au coût immédiat de la réalisation, comment estimer le coût à long terme d’une solution alternative et durable ?

 

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